Emmanuelle Jacques, citations

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Géraldine Restani, citations

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Michelle Lacombe et Skye Maul-O’Brien, résumé

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Matteo Grondini, transcription d’entrevue

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Salut, moi c’est Matteo Grondini. Je suis réalisateur, monteur, DJ, sympathisant libertaire, et homme populaire. Je pense qu’il serait possible d’organiser la société selon des principes d’autogestion, d’autonomie, de former des communautés d’intérêts qui seraient reliées ensemble à travers des processus politiques dé hiérarchisé qui nous permettraient de nous affranchir — en termes très théoriques — du joug du capitalisme et de l’état. Mais je préfère voir mon engagement comme étant quelque chose dans la pratique. Là où on est en ce moment, à la place des peuples, anciennement le square Victoria, je pense que c’est un bel exemple d’organisation anarchiste et ces beaux principes-là, théoriques, sont appliqués dans le concret, dans la pratique, et a fonctionner par consensus le plus souvent possible.

Quand l’occupation a commencé ici, moi j’ai décidé que j’avais peu de temps à y mettre, que ce que je pouvais faire pour y contribuer, c’était avec mes outils de cinéaste. Je suis venu ici, j’ai interviewé quelques personnes et j’ai monté un petit vidéo qui représentait, selon moi, l’action qui était en train de se passer ici. Mais je me pose la question, est-ce que c’est une initiative artistique populaire que j’ai faite là? Il y a bien des choses que j’ai faites à l’intérieur de la logique marchande, qui ont été plus populaires que ça… Mais c’est populaire au sens où c’est par et pour le peuple. J’ai décidé de monter ce vidéo-là comme une publicité, je trouvais que cette fois-ci c’était une occasion d’utiliser les armes de l’ennemi pour combattre sur son propre terrain, justement contre l’espèce de purisme contre lequel je voulais me battre, parce que je ne trouve pas que c’est constructif, ça fait juste diviser plutôt que d’unir le monde… Je sais très bien que dans la société où je fonctionne, la meilleure manière de rejoindre les gens, et d’être le plus populaire possible, c’est d’utiliser la publicité. J’ai mis la musique de Arcade Fire dessus, parce que je savais que ça allait être de la musique aux oreilles de beaucoup de gens de ma génération. Tandis que si j’avais mis, je sais pas, Loco Locass, ils auraient dit « Bah, c’est les usual suspects » et ça serait passé dans le beurre. Ça a définitivement eu une efficacité: Après… même pas une semaine qu’il est en ligne, il y avait plus de 2000 personnes qui l’avaient partagé sur facebook, 25 000 hits sur la page, 5 000 views, c’est quand même pas mal quand tu n’as pas le système de distribution… c’est vraiment quelque chose d’extrêmement grassroots…

Pour moi c’est aussi une façon aussi de me déculpabiliser, je pense, de mon implication dans la société marchande qui est en contradiction avec mes idéaux. Oui, j’ai ces grandes idées-là que j’aimerais bien mettre en pratique, mais en même temps mon travail, ce qui paye mon loyer, c’est en publicité. Donc, effectivement, c’est très contradictoire. Dans mon cas à moi, si je voulais être conséquent avec mes idées, mes choix m’obligeraient à une très très grande simplicité de vie. Dans le contexte de mon art, même si les moyens de production se sont démocratisés, s’ils sont accessibles à de plus en plus de gens, ça reste quelque chose qui coûte de l’argent et du temps à faire. Et ça reste difficile dans le contexte d’aujourd’hui de trouver constamment des gens disponibles pour s’impliquer constamment gratuitement pour le bonheur de l’art et l’amour de l’art.  Fait que je n’ai pas la réponse à savoir: est-ce qu’il faut être conséquent d’un bout à l’autre ou pas. Moi je ne suis pas capable, je pense, je ne serais pas capable d’être conséquent d’un bout à l’autre dans ma vie, parce que mes idées sont trop radicales. Après ça, que tu sois contre les grosses corporations et que tu travailles pour les corporations, c’est le lot de 90% du monde dans la société. Faut l’assumer, c’est tout.

L’art n’est pas dans l’objet autant que dans le regard. Tout le monde peut être un artiste parce que tout le monde a la capacité de voir l’art. Ça ne veut pas dé-professionnaliser si vous voulez le métier d’artiste ou le métier d’artisan. Je pense que tout le monde a la capacité de jouer de la musique dans la vie, mais c’est pas tout le monde qui va être des grands musiciens, tout le monde a la capacité de faire de la peinture ou d’écrire des livres, ça n’en fera pas de grands écrivains.

L’art populaire, il en existe à la pelle, ce n’est que ça finalement, c’est la télévision, c’est des films hollywoodiens, c’est de la musique pop… Si ta question c’est « Comment faire en sorte que les arts visuels puissent intégrer cette logique marchande là? » On a qu’à regarder Banksi… Banksi a conservé une critique en intégrant le système de l’art marchand… Il a même fait une toile qui est même sa toile en train d’être vendu à Sotheby’s, et c’est écrit genre « Bunch of fools, vous êtes donc bien cons de payer autant pour ce que je fais. » Puis c’est probablement en intégrant le système marchand qu’il est devenu aussi populaire. Il est sorti de la niche de l’art contemporain pour rejoindre un peu plus la masse. Faut voir aussi où il expose ses oeuvres. C’est des graffitis mis dans la rue, donc il y a un côté très populaire dans l’emplacement d’où il le fait.

Un autre exemple que j’ai vu hier des gens qui font Occupons Berlin, ils ont pris un square à Berlin et ils ont planté des centaines et des centaines de mini tentes, pour en faire un faux campement, comme une représentation artistique de ce qu’est le vrai campement ici. Ça, je trouve que c’est un exemple de geste artistique qui demeure populaire… L’art visuel contemporain est très… c’est quoi le mot que je cherche… autoréférentiel, réfléchit sur les conditions de pratique du médium. l’establishment aujourd’hui c’est la qualité de production, alors que les artistes visuels, peut-être par réaction à ça, vont privilégier le lo fi pour aller vers quelque chose de plus trash. La plupart des artistes que je connais c’est leurs bibittes qu’ils mettent de l’avant, ou leurs psychoses, c’est pas la majorité de la production artistique qui est sur « célébrer la beauté du monde et ce qui va bien dans la vie ».

Aujourd’hui, faire un dessin naïf et l’exposer dans un musée, est-ce que c’est encore un geste de subversion autant que ça a pu l’être il y a vingt ans. Je pense à Mathieu Lefevre, qui est décédé la semaine dernière, qui avait fait une oeuvre, qui avait suspendu son bicycle au mur,qui disait « my bike as a contemporary art piece ». Ça te force à voir l’art dans les petites choses de la vie de tous les jours au lieu de nécessairement penser que c’est dans un musée que tu vas le voir. En ce sens l’art, même s’il est autoréférentiel, peut servir de vecteur pour transformer les gens, faire réfléchir… De faire de l’art en soi, dans la société d’aujourd’hui, c’est un geste d’engagement politique de toute façon… Mais est-ce que c’est nécessaire que les artistes soient populaires? Il y a comme un conflit, parce qu’à vouloir être populaire on veut plaire à tous et, à plaire à tous, on est pas un artiste, parce qu’un artiste ne fait pas les choses pour plaire aux autres, ça fait les choses pour se plaire à soi même… Si on compare avec les sociétés plus tribales ou non industrialisées, tout le monde est un artiste, tout le monde joue d’un instrument, tout le monde fait de la peinture, tout le monde fait de l’art dramatique, mais il n’y a pas d’auteur… c’est un peu toujours la même chose depuis des années, c’est à dire représenter leur identité. Je pense qu’un art qui est véritablement populaire est un art qui n’évoluerait pas. Un art qui resterait un peu stagnant, mais désordonné parce qu’il serait un reflet de la multiplicité des gens qui composent la société. C’est pas que l’art serait un peu plate dans un système de démocratie directe, mais il met en valeur autre chose. Toute l’histoire de l’art depuis la renaissance est basée sur la notion d’auteur, donc c’est une célébration de l’identité individuelle, tandis que dans les sociétés qui sont plus collectivistes, la notion de génie est moins présente aussi. On ramène l’art un peu dans sa pratique, même dans sa thérapeutique je dirais.

Élaborer un projet artistique populaire. Populaire, ça veut dire quoi, ça veut dire qui « pogne » en même temps, que les gens voient… mais ça, c’est tout le temps difficile à la base quand tu fais un projet de savoir si ça va pogner ou si ça ne va pas pogner. Faut que tu aies la bonne promotion pour que les gens en entendent parler, pour que ça finisse par faire boule de neige… il y a une technique en arrière de ça pour rendre les choses populaires… On a juste à mettre la même chanson à la radio et à la fin on finit par l’aimer, c’est prouvé. Pour moi, un projet qui serait véritablement populaire et qui serait capable de faire fi de la contradiction dont je parlais, entre la forme et le contenu, ou entre mes idéaux et mon travail, ça serait de penser par exemple à une pièce de théâtre à l’intérieur de laquelle il y aurait autant des comédiens que des non-comédiens, des techniciens que des non-techniciens, simplement un groupe de gens qui veulent s’impliquer et faire ce projet-là, qui écriraient, monteraient et produiraient une pièce de théâtre selon le principe qui anime les assemblées générales ici, qui est le principe du consensus. C’est-à-dire qu’on mettait de côté l’individualité et la notion d’auteur pour retourner vers l’application d’une démocratie directe à l’intérieur d’un projet artistique. C’est pas qu’il n’y aurait pas de metteur en scène, mais les comédiens pourraient répéter sans la présence du metteur en scène, et puis eux-mêmes continuer à faire aller la même idée en tant que groupe, ils se trouvent à avoir un consensus sur cette direction-là, de ce qu’ils voulaient raconter à travers cette pièce de théâtre là. Faudrait qu’ils évitent de tomber dans une espèce d’essentialisme ou de purisme de la forme, parce qu’en art il ne devrait pas y avoir de lois, sauf les lois que toi tu veux te mettre. Si tu veux te mettre des lois pour faire un projet essentialiste, puriste, bien à toi… mais je pense que tu vas avoir moins de chances de devenir populaire. Pour être populaire, il faut quand même donner un peu de bonbons aux gens, que ce soit par une musique qui est déjà populaire, quelque chose qui est déjà populaire en fait… réintégrer, remasher, remixer des choses qui sont déjà populaires, ça pourrait être une façon de s’assurer de faire quelque chose qui va être populaire.

Quelle stratégie un tel groupe pourrait-il mettre en place pour s’assurer du succès populaire de sa pièce? On prend pour acquis que ce projet-là est élaboré par un groupe de personnes, qui vont s’impliquer dedans parce que c’est leurs idées aussi, c’est leur projet, ils ne sont pas simplement employés ou salariés d’une idée, d’un artiste, d’un auteur, d’une identité individuelle… Je peux m’imaginer que ces gens-là vont être beaucoup plus enclins à faire venir plus de monde, à dire à leurs amis, à leur famille, encore plus fort, de venir voir la pièce parce que chacune des vingt, trente personnes qui ont fait ce projet-là vont se sentir individuellement très impliquées. Tandis que quand ils font la même chose pour une grosse corporation… ils vont demander des billets gratuits qu’ils vont donner à leur famille, mais that’s about it… Mais dans le fond le succès, c’est intimement lié à la structure marchande qui entoure une oeuvre artistique. Et dans le contexte de cette pièce-là, il ne peut pas y avoir de structure marchande… Donc je me pose la question si c’est pertinent que ce soit vraiment un succès planétaire… Parce que dans le fond on ne fait pas ça ces affaires-là pour nous mêmes en premier?

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Matteo Grondini, entrevue

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Anna Medina-Seabright et Brett Masterson, transcription d’entrevue

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A M-S: My name is Anna, and I am from San Francisco, California, and I am living in Boston now with Brett and Nina… I brought Brett on a surprise weekend to Montreal because I recently got my dual Canadian citizenship, and I wanted to come here, a little bit to celebrate and a little bit to surprise him. And we had kind of a disaster, our car broke down last night in the middle of the night an hour away. We had to have a tow to Bromont. And we stayed the night in a hotel there, and we had to take a taxi to Granby, and then rented a car and drove here this afternoon. So we just now arrived. I have some relatives here, but we haven’t contacted them, we wanted to just spend the weekend here. We don’t have much time so we just want to do our own thing.

B M: This is actually our first stop since being here, so… It’s all been a disaster up until this point.

A M-S: We came into this gallery because… All I saw was the bright green outside, I saw somebody in the back and then I wanted to come in…

B M:
I think that we are both visual people, So we… She was more attracted by the color, and then that led to seeing the space, and you, and all the things on the floor.

A M-S: And I studied art history during my undergraduate studies, so I’m always interested in galleries and contemporary art, and I used to work at a gallery outside of San Francisco as well.

I like to think that an attraction like this is shared by many people, but I don’t think that that’s necessarily true. I know lots of people that wouldn’t have stopped, just because their interest lies elsewhere besides the arts.

B M: If you were an art gallery that specialized in, like, renaissance painting, and they were in the window, it becomes very surfaced and apparent what it is from the street… but be saw the color and that brings us in… It is m0re a curiosity of the space… the lighting, the spaces within the space… I think that curiosity is what brought us in here

I can’t really explain what popular art would be, I can only tell you what I, I appreciate… I think that people we surround ourselves with might appreciate similar things, but things that I like about these  types of spaces is that it’s more experiencial… the experience of having these pieces on the ground… it’s something that’s dynamic, I mean it changes over time… it is altered by people moving in and out… and it’s collaborative, anyone that comes in here is part of that conversation. And I think when the art has many different layers, communicates on many different levels, that’s, to me, what is successful and attractive art.

I think these types of things, because they are in this box that we’re in they are a little more attractive, but these types of things happen all over the place… Leaves like that are all over all the time… It’s a new context. for familiar things… the familiarity of leaves on the ground in a natural order… Because it’s a step up from the sidewalk, you feel you are transported to a new space… that is what it feels like, a bit like a transportation to a new place… And I think that that phenomenon in general is something that happens in contemporary art more than most art, changing your perspective on something quite ordinary. I think the appreciation is common. At least in our like-minded friends and our age bracket… It might be more uncommon that people actually come in and experience the space and choose this over a coffee shop, but I don’t think the appreciation is uncommon.

A M-S: During an opening when the room is crowded, and there are so many people interacting with the art pieces I think that’s a lot of fun and that has a certain appealing quality… and there is an energy you get from that just as if there were a lot of people watching a band together and enjoying the same thing together… but I also like being alone in the space, I don’t like going to museum shows on the week-ends because it is just too crowded and you can’t be with the art and really experience it.

A space where there is only on gallery attendant sitting there by themselves, I thinks that’s curious, and I thinks there is that opportunity to engage with the person in the space, just the two of you… There was a coffee shop outside of Boston that was similar, just this great big open room with one guy sitting in the back, and it was why I stopped in. I didn’t know what was happening there, it wasn’t obvious from the outside, if they were serving coffee or selling machines or what… but I went in just because of this one person sitting by himself there… I thought that was so silly and funny… and then also another art gallery in San Francisco, just a big open space, and the arts was almost secondary, I went in just because of this empty space with a person in it.

B M: Because of the last twenty-four hour  that we had, we have been pretty hectic, and to catch a glimpse of a room  full of leaves and pillows on the ground was actually quite appealing, and perhaps more appealing with that back story and that baggage. You know, if I was back to work I probably wouldn’t have stopped by. It has a lot to do with the environment outside of the space too. And I think these types of spaces where there is room for engagement allows a greater number of people to enjoy it. It is not really specific what you are supposed to do in here, but you come in and you find your own meaning, maybe you pick up the book, or you write something, or you don’t even read the notes on the wall, or you just come in a sit down and think…

This is the kind of art that I appreciate most: taking something that might be ordinary, and tweaking it in just the way that it makes it feel different. This one exhibit at the MASSMoCA, which is in Massachusetts, it is a contemporary museum, one of the pieces was just these cranes that dumped big reams of paper that would just basically trickle down to the floor… every twenty seconds or something a few more would drop… and there was not anything more than that, it was pretty simply  just paper falling. People would mess up the first layer, and them more paper would fall and cover up their footprints. It was really simple and well designed… those are my favourite.

A M-S:
I am trying to think of… I mean, I like work that is interactive… and Oh! The breathing room was so good… At the same museum, MASSMoCA, there was jus this one room and it was called the breathing room. The whole inside of it was covered in like a thick fabric, a Nylon…

B M:
I think a parachute material

A M-S:
Yeah… and just white, white nylon. So you would walk in. At first you would be a little afraid to go in because it was almost like it was under construction or something… and you walk in… and there is a fan, a blower or something, that inflates the fabric, so as you are standing in there the fabric comes closer and closer and closer… it reaches a maximum and then it slowly comes out again and recedes… And I guess at the time that we were there, there was a window open to the exterior and it was in the evening time so the sun was coming in. The light was incredible… this amazing light and then the room just breathing around you. I thought that was fantastic. I wanted to stay in there forever. So yeah I like art that you cans interact with like that. And I definitely think that was contemporary.

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Geneviève Bélanger, entrevue

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Alexandre Cv, résumé d’entrevue

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Emmanuelle, retour sur l’entrevue

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christophe lamarche, citations

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Yan Giroux et Gabrielle Tougas-Fréchette, transcription de discussion

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Yan:
Je m’appelle Yan Giroux. Je veux faire des films. Et j’en fais. Et j’ai une compagnie, qui s’appelle ALT, qui fait de la publicité.

Gabrielle:
Moi je m’appelle Gabrielle Tougas-Fréchette. J’ai une compagnie qui fait des films, et des vidéoclips. Je suis productrice dans cette compagnie. Et je suis aussi productrice d’événements… d’événements populaires. Voyous films en fait c’est né très spontanéments. Comme toute bonne compagnie dont toi tu fais partie en tant que fondateur, ça a la mission première de pouvoir faire un peu ce que tu veux, parce que ça t’appartiens et parce que c’est toi qui décides… On est quantre associés en, fait, bourrés de convictions sur ce en quoi on croit, parce que la job de producteur c’est vraiment une job dans laquelle tu dois t’investir de A à Z, conjointement au réalisateur…

C’est ça, c’est pour ça que ça existe, c’est pour ça qu’on fait des films. On en a pas beaucoup jusqu’à présent parce qu’on est une jeune compagnie mais ce qu’on a on en est fiers déjà, et je ne pense pas qu’on regrette rien.

Yan:
Je fais des documentaires. Cubanos, l’idée est venue d’une publicité qui invitait des gens à aller à la Havane. Je me suis dit: Mon dieu! Je suis obsédépar l’idée d’aller à la Havane avant que Fidel Castro ne meure, faire un film sur l’avant mort de Fidel Castro. J’avais envie de profiter de la mort de Fidel Castro. Je me suis fait avoir avec l’idée de vouloir être populaire parce que ce bon vieux Fidel n’est pas mort. Finalement ce que j’ai capté c’est ce qu’est devenue l’identité cubaine après 50 ans de dictature. Tout au long du montage j’étais déchiré entre faire un film qui disait des choses que les gens allaient comprendre ou faire un film qui correspondait plus à ma vision du cinéma. Je suis super fier du résultat, mais je considère qu’il y a une espèce d’échec dans le projet du film parce que je n’ai pas fait de choix entre les mots ou l’image, ce qui me confronte d’un côté à suivre ma démarche de cinéaste qui a une grande croyance en l’impact que peuvent avoir certaines images pour nous apprendre des choses sur l’humain et son univers; et l’autre, notre volonté de vouloir tout comprendre, c’est-à-dire vouloir communiquer des idées de façon bien définie pour que les gens puissent les comprendre tout de suite… ou y aller de façon plus instinctive et impressionniste, jouer plus sur notre rapport instinctif aux sensations et au monde qui nous entoure pour arriver à faire des déductions sur l’identité des cubains, et des français, dans le cas de ces deux documentaires là. Je m’attarde plus à des personnages qui justement n’ont pas de discours formaté parce que ce ne sont pas des professionnels du discours que j’interview, ce sont plus des gens qui vivent leur vie, dans des moments où, sans s’en rendre compte, ce qu’ils nous disent sur leur identité nationale ne passent pas juste par ce qu’ils disent mais aussi beaucoup par ce qu’ils sont, ou par la façon dont ils s’expriment, ou l’image qu’ils dégagent. Je ne les choisis pas avec une volonté précise, ce qui fait que l’absence de calcul derrière ma démarche à moi pour les rencontrer fait d’eux un sujet peut-être plus authentique, parce qu’ils ne sont pas sélectionnés en fonction d’un message que moi je veux formater, mais un portrait qui n’est pas formaté, d’où peut naître une plus grande authenticité si on compare avec des documentaires qui font de longues recherches avant de rencontrer des gens et de les interviewer, pour s’assurer  que ce qu’ils disent va bien correspondre à ce qu’ils ont envie de véhiculer.

Gabrielle
Frenche ou meurs c’est issu de la réputation qu’ont les bars de vouloir Mathcher les gens ensemble – c’est un événement – alors on s’est dit « pourquoi pas organiser une soirée où c’est ça qui se passe, où les gens doivent s’embrasser, frencher; après ça, voir ce que ça donne quand tu as le prétexte d’embrasser quelqu’un parce que tu es dans une soirée qui est vouée à ça. Ça évoque une de ces choses qui mènent le monde, c’est-à-dire le sexe, mais ça a aussi quelque chose de totalement romantique, en tout cas de notre vision à nous. Les six ou sept premiers Frenche ou meurs c’était au Zoobizarre qui pouvait contenir une capacité totale de 150 personnes. Ça a prise de l’ampleur et pris de l’ampleur, et la troisième Saint-Valentin qu’on a fait on était sold-out à dix heures et vingt. On avait 600 personne d’entrées dans la salle. Et cette soirée-là ça avait frenché, puis il y avait eu des médias noctures, genre Nightlife ou d’autres webtélés, leurs journalistes présents ne faisaient que ça: « Je vais frencher 25 personnes ce soir… c’est un début! » Zélia et moi, mon associée Frenche ou meurs, on est des totales romantiques… On a été un peu étonnées et déconcertées par tout ça… On en est les premières heureuses, mais on a perdu beaucoup de ce côté-là « c’est un peu exclusif d’aller dans un Frenche ou meurs » « C’est tellement cool Frenche ou meurs on connaît les organisatrices en plu… Wow c’est donc bien le fun être là »…

Yan:
Élégant, par rapport au projet populaire, c’est assez intéressant en fait. À la base, quand je suis parti filmer Élégant j’allais filmer un vidéoclip. J’avais quand même l’espoir que ce clips-là serait vu parce que je croyais beaucoup à leur musique que je considérais intelligente et accessible à la fois. Elle avait un certain potentiel populaire. Finalement je me retrouve là-bas, le chaos arrive, ce que je pensais être un clip se transforme en documentaire à sensations fortes et limite sensationnaliste. J’ai voulu présenter les événements comme ils se sont déroulés tels que captés par ma caméra, c’est-à-dire avec moins d’interventions du montage du montage qui auraient pu orienter l’interprétation des événements plutôt que de juste les présenter. Il y a un certain intérêt qui a été suscité par la présence du groupe et par le sujet. Je veux dire: Sexe, drogues, rock-and-roll… c’est quelque chose qui attire les gens. Oui ça a suscité un certain intérêt mais reste que que ceux qui sont allés voir le film dans une optique sensationnaliste ou avec un intérêt d’abord musical et non cinématographique ont étés déçus parce que reste que c’est du cinéma. À travers la façon dont ça a été filmé, à travers la façon dont j’ai monté, il y a une démarche. Certaines personnes ont été très sensibles à cette forme là, mais c’est des gens qui peut-être avaient un intérêt pour le cinéma plus que par rapport au groupe. Un petit revirement c’est que maintenant le leader du groupe connaît une certaine popularité. Mais le contenu étant ce qu’il est: peu flatteur pour Jimmy et les membres de Chocolat, on s’est entendus, le gérant de Jimmy et moi, pour ne pas tenter de faire connaître le film à partir de la popularité de Jimmy.

Gabrielle:

Les vidéoclips sont une façon de faire vivre la compagnie, au départ on avait pas souhaité… on voulait faire des clips seulement pour les artistes pour lesquels on avait une admiration quelconque, avec lesquels on avait envie de travailler… On s’est rendus compte que l’argent qui était donné aux maisons de productions pour faire des clips allaient souvent aux artistes dont le produit final étant un vidéoclip allait plaire à un plus grand nombre de gens, donc être plus utile… Pas rentable de façon monétaire mais rentable au nombre de vues… Même moi, je ne suis pas une grande consommatrice de clips… cliquer sur un lien et surtout l’écouter jusq’au bout… Je trouve que poui ça demande un effort de regarder un clip, autant qu’un film.

Si je regarde les nominations dans différents galas ou événements… Les nominés, il y a toujours un point de vue super technologique, avancé… genre: c’est la première fois qu’on voit un clip que c’est un gars tout le long en animation… que sa face change… il y a souvent des standards qui s’associent plus souvent à la postproduction, malheureusement je trouve, parce qu’il y a autant moyen d’aller de l’avant sans tous ces effets…

Yan:
Mais faut surtout que la chanson soit populaire aussi… Ceux qui gagnent, qui sont nominés pour meilleur clip c’est pas des artistes obscurs sur une boîte indépendante…

Gabrielle:
Récompensé dans ma tête ça veut aussi dire: « Il a été vu quatre millions de fois sur youtube »… je trouve ça autant une récompense…

Yan:
Reste que le vidéoclip bénifice de l’aspect intrinsèquement populaire de la musique, à un niveau différent qui est, je sais pas, peut-être moins intellectuel… plus émotif ou plus sensoriel, qui fait que le clip a le potentiel de toucher souvent plus que certains films.

Yan:
Euh… La popularité des arts visuels… Au Québec, comme on est un marché qui n’est pas à la mode, les artistes ont l’impression de n’être pas populaires… Ce n’est pas ici que les acheteurs tournet leur regard, nos institutions n’ont pas beaucoup d’influence à un niveau global, Mais si on comptabilisait le nombre de visites qu’il y a au Louvre ou à Georges-Pompidou… La fréquentation des musées à travers la planète je ne pense pas qu’elle nous permet de dire que les arts visuels c’est pas populaire. Après ça, c’est sûr que au bulletin de nouvelles du soir ou même dans les magazines culturels, les arts visuels ont de la misère à trouver leur place. Ça s’explique sûrement par une certaine complexité des idées, de la façon d’approcher certaines idées, parce que ça prend peut-être cent ans avant que ça soit populaire mais il y a assurément un aspect des arts visuels qui est très populaire. Si tu me demandes de faire la comparaison avec ma démarche à moi qui se base sur une réflexion personnelle pour essayer d’amener un point de vue différent… Je pense que les artistes visuels ont aussi cette volonté là de questionner le réel d’une façon différente, c’est difficile de devenir populaire quand tu prends des chemins qui sont moins connus.

Gabrielle:
Toutes les formes d’art se battent un peu pour ça…  Le moins populaire étant l’art visuel je ne suis vraiment pas daccord. Je trouve qu’il a justement ce privilège là, d’être rare dans son déploiement, parce qu’on en parle moins effectivement… J’ai vécu des émotions aussi intenses et aussi prenantes et aussi mémorables que devant, par exemple un film, quand j’ai été très émue devant une oeuvre d’art visuel, ça m’a beaucoup plus marquées que quand j’ai été très émue devant un film. Je vais beaucoup plus me souvenir de la fois ou j’ai eu les yeux pleins d’eau sans savoir pourquoi devant une photo, que la fois ou j’ai vraiment aimé un film et que j’en ai parlé autour de moi pendant les semaines qui ont suivi. De dire: ça arrive moins souvent, donc c’est plus précieux.

Ce qui est monumental n’a pas le choix d’aller chercher un peu plus de popularité. Il va être vu par plus de personnes. Genre: emballer un building. Ça on va s’en rappeller de la fois ou un gars a emballé un building parce que maudit que c’était gros… Mais là, faire une oeuvre d’art populaire, ça c’est une autre affaire. Parce que là, les arts, il y en a sept supposément, et là il y a l’interactivité, où tout le monde peut participer… Mais ça c’est une oeuvre populaire dans la tête de bien des gens… aussitôt que toi en tant que non-artiste, que whatever, fonctionnaire terre-à-terre plate, tu peux être amené à peut-être penser à quelque chose de créatif… cette description là d’art visuel est elle-même éclatée… Parce que de l’art visuel, est-ce que c’est une peinture qui ne bouge pas… Est-ce que c’est des milliers de photos prise par des milliers de personnes différentes mises ensemble dans un contexte populaire, de groupe ou whatever… Des projets populaires il y en a plein et moi je pense que ça, cette interactivité là, qui est si populaire auprès des institutions, comme si c’était la clé du problème, parce que je pense que les institutions qui financent l’art se sont aussi posé cette question là bien avant que tu nous la pose ce soir…

Yan:
Mais il y a quelque chose avec l’art visuel qui est liée aussi avec… c’est pas présent dans notre système d’éducation, c’est pas présent dans nos médias, c’est pas présent dans le quotidien des gens ce qui l’empêche un peu d’être populaire c’est sûr… Mais je trouve vraiment que ce que Christophe a dit c’est assez pertinent, les artistes ont envie de cfaire chier un peu en même temps, ils ne veulent pas utiliser les modes de communication préétablis, prédéfinis… Moi, je pense que je pourrais faire des films populaires si je le voulais, parce que le langage utilisé pour faire des films populaires est le même depuis longtemps. L’artiste visuel, déjà il évolue dans un monde où il n’y a pas de codes établis. Ils ne veulent pas le fairee d’une façon dont les gens sont habitués de le recevoir, et à partir de ce moment là il y a beaucoup de gens qui ne peuvent même pas comprendre ce qu’ils font. Ça revient à la discussion qu’on avait en mangeant sur Banksi… Banski… Banksi… Lui, puisqu’il est intervenu sur l’espace public, d’une façon irrévérentieuse et assez simple, dans une esthétique facile d’accès, avec une portée conceptuelle très limitée, son art est devenu super populaire. S’attaquer à quelque chose de clair, d’une façon claire, avec des messages clairs, dans un espace visible de tous… Donc si j’avais à créer une oeuvre populaire comme tu le dis, un peu comme Gabrielle disais, j’aurais tendance à faire quelque chose de monumental, impliquant un lieu où beaucoup de gens passent, et je m’arrangerais pour faire véhiculer mon message à travers l’ampleur de mon geste, que ce soit de peindre le pont Jacques-Cartier en rose… Mais là après ça, tu ris, parce que, justement, ce serait peut-être populaire mais ça ne serait peut-être pas de l’art… Faire une oeuvre d’art populaire qu’est-ce que je ferais, je pense que je ne le sais pas sinon je le ferais…

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Ama Medina-Seabright et Brett Masterson, entrevue.

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Alexandre Cv, transcription d’entrevue

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Je m’appelle Alexandre, je m’affaire principalement à embellir l’environnement, et prendre des photos d’environnements pas embellis. Je travaille pour le moment dans un quartier de l’ouest de l’ile de Montréal qui s’appelle Saint-Pierre qui fait partie de l’arrondissement de Lachine. La partie photo, c’est… j’aime me concentrer sur ce que le temps peut faire au niveau des émotions, en concentrant mon travail sur des ruines principalement.

Je ne pense pas qu’il y ait de doutes sur le fait que l’art puisse être populaire, il faut voir avant tout, c’est quoi l’objectif. Il y a l’art institutionnalisé qui devient populaire, soit par le bénéfice historique soit par le travail de mise en valeur de l’objet, puis tu as tout l’art qui est construit pour être populaire. L’art de rue, l’art d’enfants, l’art d’aménagement, l’art de cirque… Il y a des artistes qui travaillent dans un objectif, qui est de servir leur démarche, de réfléchir sur un thème, tandis qu’il y en a d’autres qui créent pour diffuser. Ils créent au bénéfice des autres. Quand tu as un artiste qui travaille pour sa démarche, il va essayer de plaire avec sa démarche, mais des fois la volonté de suivre la démarche va aller plus loin que juste plaire à un plus grand nombre de personnes. Tandis que l’art populaire, l’art qui est destiné à satisfaire la masse, le plus de personnes possible, il est créé dans cet objectif là, donc on va s’assurer que certains messages qui pourraient être trop obscurs, ça va être ajusté pour que ça plaise.

Une exposition de Jeff Koons que j’ai vue au palais de Versailles, un symbole d’une certaine beauté, d’une certaine richesse. C’est quelque chose qui flashe. Jeff Koons c’est la même affaire : Jeff Koons il flashe. Ça a été vu de manière subversive d’amener Jeff Koons dans Versailles, ou vice-versa. C’est deux approches de l’art populaire qui se sont « smashées » ce qui fait que c’est une expo qui a eu une affluence démesurée. Une balloune en inox que tu montes vingt pieds de haut, ça peut paraître comme « est-ce que c’est de l’art ou est-ce que c’est pas de l’art »… Mais là la question ne se pose plus, parce que ça pogne. Donc, c’est de l’art qui est devenu populaire.

La question de l’art public c’est une question qui est fascinante et qui est très délicate à la fois, parce que… t’as la politique, par exemple, du 1%, la politique d’intégration des arts à l’architecture, qui elle va parachuter parfois une oeuvre d’art pour combler des besoins de standing social, corporatif, etc. L’oeuvre peut être achetée ou elle peut être faite pour le site, mais ça va faire partie de la démarche d’un artiste tandis que si tu as une oeuvre d’art qui est intégrée ou qui fait partie d’un aménagement global en architecture de paysage ou en architecture, ça ne va pas être la même approche que les gens vont avoir par rapport à cet objet là. Ça me rappelle un débat qu’il y a eu récemment pour l’achat massif d’oeuvre d’art public dans un parc de Pointe-St-Charles. Ça, c’est comme une manière de dire aux gens : « Tiens, t’en veux tu de l’art ? T’en as. T’en as dans ton parc! » Ça fait réagir les gens, ça les fait discuter donc il ya un débat sur l’art, mais sur les fonds publics… mais ça reste un débat quand même sur l’art… D’un autre côté, t’as l’art qui, de toute manière, va être en dialogue avec les gens. Les p’tits culs vont glisser dessus, il va y avoir des tags dessus,  les chiens vont pisser dessus, il y a des gens qui vont se blesser, ça va faire partie d’un dialogue forcé avec l’art.

L’exemple de Roadsworth, c’est l’exemple idéal… quand il s’est fait prendre pour avoir fait des tags dans la rue, les gens se sont mis à parler d’art et il est devenu populaire parce que les gens avaient quelque chose d’émotif à dire parce qu’on leur avait mis dans la face. Quand il y a un débat, il y a plusieurs personnes qui amènent des éléments, et il y a des gens qui vont vouloir défendre la position de l’art. Mais pour défendre la position de l’art ils ne vont pas dire : « c’est beau » ou « ça vaut la peine », ils vont souvent parler de la démarche des artistes : pourquoi cette oeuvre d’art là est construite, c’est qui cet artiste là, d’où il vient, qu’est-ce qu’il fait, sur quoi ça veut réfléchir… En arrivant à â, les gens sont portés à réfléchir sur le concept de l’artiste et sur le concept qu’il a voulu faire.

Dans le cadre de la revitalisation d’une rue principale — qui est un petit peu dégarnie au niveau socio démographique, au niveau commercial —, on avait un objectif, c’était de créer une espèce d’unité visuelle sur la rue. On a demandé à l’artiste Roadsworth un concept qui pourrait lier cette rue-là. On a créé ce concept-là avec des gens du quartier, des gens de l’arrondissement, des gens de l’aménagement, des gens d’un projet graffiti, des gens de la chapelle, des citoyens, et il y avait une élue municipale qui est elle aussi représentante des citoyens plus ou moins… On en est venu au concept de la rivière Saint-pierre et du canal Lachine qui étaient les éléments fondateurs du secteur, et il y a des motifs de cette idée-là, marine, canal Lachine, qui sont ressortis comme des bollards, des cordes, des oiseaux et des bordures de canal. Donc ce sont des éléments qui ont été intégrés par l’artiste au mobilier urbain et à la rue. L’acceptation et le processus, c’est comme dans n’importe quoi : tu ne peux pas l’amener comme : « On va faire des dessins par terre et ça va être beau. » Il faut que tu l’amènes en expliquant déjà ce qu’est sa démarche ; c’est quoi son objectif ; pourquoi il a fait ça ; et des exemples de ce qu’il a fait avant. C’est un petit peu l’inverse du processus de déposer des oeuvres d’art public dans un parc.C’est à dire, dans le cas du projet avec Roadsworth, ça a permis à des gens qui avaient un rapport à l’art qui est complètement différent de l’esthétique du street art ou de l’aménagement urbain ou ces choses-là… Ils ont émis des commentaires — des fois débiles, mais des fois très pertinents — sur ce qu’on peut faire pour que « ça » soit encore plus intelligent dans notre quartier. Après ça, les gens, quand ils se promènent là, ils ont l’impression que c’est un projet pour lequel… ils le connaissent le projet finalement. Ils l’ont attendu même, ils ont attendu que ça se fasse, ils avaient hâte de voir ce qu’était le résultat. Ça, c’est un peu inestimable…

Il y a une corde qui était sur le trajet pour se rendre à l’école alors les enfants l’empruntaient, c’est un élément qui fait partie de leur quotidien… Ça faisait partie de leur quotidien et ça faisait partie de leur trajet pour aller à l’école, au même titre que tu passes devant la crèmerie et que ça te rappelle quelque chose, ou peut-être un grand arbre quand tu attends : ça faisait partie de leur processus. Je ne veux pas dire que ça les a rendus fans d’art, que ça les a émerveillés ou que ça les a ouverts à une nouvelle culture artistique. Je dis simplement que ça fait partiel de leur imaginaire collectif, puis on on va finalement appendre à développer des attentions. Peut-être qu’ils vont penser à ça à un moment donné : « quand j’étais petit, il y avait de l’art public, c’est étrange. » Ce que ça a fait, c’est difficile à évaluer. Mais une chose est certaine, c’est qu’il y a… Les gens en ont parlé premièrement. Qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert ? Alors à partir de ce moment là, il y a des réflexions. C’est sur que souvent, ça peut être quelque chose qui est négatif. Acheter un Van Gogh, c’est correct. Ça coute cher, mais on met ça dans la même catégorie que le salaire des joueurs de hockey. Tandis que de dépenser pour mettre des dessins dans la rue, c’est quelque chose qui est moins acceptable, parce que ça vient dialoguer avec l’idée que tu pourrais mettre autre chose dans la rue, par exemple, du bouchage de trous de nids-de-poule ou quelque chose comme ça.

Il y a un concours que j’organise depuis quelques mois déjà, c’est sur le thème de la ville, c’est des concours qui sont ouverts à tout le monde. Ça ne coûte rien de participer. Il y a une projection et un jury qui vote pour ces photos là. Le premier, c’était turquoise dans la ville ; il y a eu « gold dans la » ville ; « paranormal dans la ville » ; « odeurs dans la ville » ; et la prochaine ça va être « animaux dans la ville ». L’idée avec ça, c’est que ça amène les gens à se questionner sur un élément de leur ville particulier, et de les contraindre de faire ça de manière artistique, c’est comme de les contraindre à aller au bout de leur réflexion. J’ai beaucoup beaucoup de gens qui m’arrivent avec : « J’ai vu une photo qui serait débile pour Odeur dans la ville ». Mais ce qu’ils ont vu ce n’est pas une photo qui serait débile, c’est qu’ils se sont mis à réfléchir à une odeur, alors que d’habitude ils le faisaient moins ou ils ne le faisaient pas. Les gens qui ont participé, je dirais que c’est des gens qui sont d’origines et d’influences totalement différentes. Il y a des gens qui font de la photographie par hobby, il y en a qui ne sont absolument pas photographes. La personne qui a gagné « Paranormal dans la ville », je ne l’avais jamais vue avec un appareil photo dans les mains. Je pense que l’art populaire… Il peut y avoir un axe d’art populaire avec ça. Dans le cadre d’activités comme ça, où il y a des gens qui participent et qui ne sont pas photographes du tout. J’ai une amie qui est infirmière et ça fait deux fois qu’elle gagne le concours, et il y a des gens qui ont participé, qui sont beaucoup plus sérieux dans leur démarche. Est-ce qu’il y en a un qui se vaut plus de l’autre ? C’était quand même le public qui faisait la sélection. Donc les gens, unanimement, ont sélectionné une photographie qui n’était pas prise par un photographe professionnel pour faire gagner cette photo-là. Est-ce qu’après ça c’est déloyal envers les artistes qui se donnent et qui ont une démarche ? Je pense pas, parce qu’on ne peut pas décider quel art est bon et quel art n’est pas bon en fonction de l’effort que la personne y met. Je pense que ce n’est pas juste basé là dessus.

C’est sûr que si tu gardes les « artistes » et les « non-artistes », il va y avoir un fossé entre les deux. Mais si tu veux faire un lien entre les gens qui pratiquent l’art de manière professionnelle et rendre l’art plus accessible aux gens, c’est sur qu’il va y avoir des demi-mesures. C’est sur qu’il va y avoir des gens qui ont une démarche artistique, d’autres qui ont un hobby, d’autres qui pratiquent ça, d’autres qui vont devenir artistes en cours de chemin. Plus tu remplis le trou entre les artistes professionnels avec une démarche et monsieur madame tout le monde, qui ne sont pas orientés vers une pratique d’art.

L’artiste ou le professionnel en art qui donne des pistes de réflexion, un encadrement; et un espace aussi qui est juste interactif; et finalement des espaces purs pour créer. Une feuille blanche placée n’importe où, un tas d’éléments sculpturaux que tu peux mettre en place… Tout ça, ce serait le projet ultime d’art populaire parce qu’il y aurait une fusion entre la personne qui n’est pas artiste  professionnel qui malgré lui fait soudain partie d’une oeuvre d’art, jusqu’à l’artiste professionnel qui transmet ses idées. Parce que c’est ça l’objectif, d’avoir une démarche, c’est de transmettre ses idées… Pour d’autres ça sert à économiser en frais de psychanalyse plutôt.

Ça te prend une bonne affiche, un concept fort, quelque chose qui va intégrer les médias sociaux et les garderies. Tu loues un gros espace, t’invites un tas d’artistes, des artistes professionnels, des artistes connus, moins connus.C’est sûr que ça prend, disons, Hubert Reeves ou mettons la fille de Riopelle… et tu fais un événement grandiose où t’as toutes les formes. T’as les artistes qui sont établis; t’as les néophytes qui viennent, qui font partie de cette oeuvre d’art là, globale. Mettons, au coeur du stade, il y a un happening. Tout le monde fait de la performance sans le savoir. Ça prend des rabais pour les enfants, une garderie, souper spaghetti, DJ… magique…

Puis tu trouves un thème assez important, comme « l’art contre la guerre dans le monde » ou « un art contre la faim ». Tu peux inviter aussi peut-être Phyllis Lambert?

Est-ce que les gens peuvent croire en un projet comme ça ? Je répondrais facilement : Parc, Safari, Centre des Sciences, Journées de la culture, Festival de jazz. Je ne vois pas grand différence entre ça et mon projet du stade où tu mets des artistes accomplis avec une démarche, comme c’est le cas dans les journées de la culture ou dans le Festival de jazz ; puis, tu mets des gens qui font partie du spectacle : au Festival de jazz il y a des gens qui viennent qui ne connaissent pas le jazz, d’autres qui connaissent ça le jazz, mais ça ne dérange pas parce qu’ils viennent profiter du momentum finalement.

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Vincente Lhoste, entrevue

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Yan Giroux et Gabrielle Tougas-Fréchette, discussion.

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